Indéfinissable divinité

J’ai grandi dans un cadre monothéiste et chrétien. Dans cet environnement, il y a un dieu unique et aucun autre visage du divin n’est toléré. Pour autant, ce qu’on me proposait ne correspondait pas à ma propre perception du divin. Car pas besoin d’avoir reçu une éducation religieuse pour avoir même très jeune, vécu une expérience de « Ce qui est divin » ou s’en faire une idée. Alors devais-je me considérer comme perdue et damnée ? Heureusement, non. Ma chance est d’être née dans un pays laïc où la liberté de conscience est admise et inscrite dans la loi. Un pays où il est possible d’être athée ou indécis, en quête de sa spiritualité sans être condamnée socialement, à la prison, à la lapidation ou à la mort.

Le berceau spirituel de l’Égypte ancienne

L’Égypte est une civilisation antique, qui m’a très tôt attirée. Et je dirais rétrospectivement, qu’elle a été ma mère et mon enseignante spirituelle. En effet, même si j’ai cru qu’elle serait ma tradition à une époque, que je l’ai adoré, explorée et chérie. A un moment donné, elle m’a foutu un coup de pied au cul, pour que j’aille voir ailleurs et face preuve d’autonomie à son égard. Bon, c’est une image. Mais il est vrai qu’à un moment donné, j’ai senti que je n’avais plus ma place sur cette voie et qu’elle m’avait offert tout ce dont j’avais besoin. L’heure était venu d’aller voir ailleurs, car Kemet n’était pas la destination finale, ni le but de mon chemin. Elle m’a offert mes plus belles leçons concernant ce paradoxe de l’unité et de la multiplicité du divin, que j’ai retrouvé par la suite aussi en Inde, puis dans d’autres formes de religions polythéistes à travers le monde.

Les conflits religieux autour de la nature du divin

Elle m’a aussi montré que lorsque le divin est envisagé sous cet angle, il devient difficile de chercher à imposer son ou ses dieux, comme les seuls, les plus vrais, les meilleurs et uniques. Un conflit pour imposer sa foi n’a alors pas de sens. Le ou les divinités honorées ne sont qu’un visage ou une des expressions possibles de « Ce qui est divin » (dieu ou déesse). En faite, l’unicité ne contredit pas la multiplicité. C’est comme le jour et la nuit, le féminin ou le masculin. Nous ne pouvons pas connaitre l’un sans l’autre. C’est comme la transcendance et l’immanence. Combien de querelles et de débats à ce sujet ont eu lieu dans l’histoire des religions ? Alors que finalement, « ce qui est divin » étant tout, il est ni l’un, ni l’autre, et les deux à la fois. « Le divin » possède en lui/elle les potentialités de tout ce qui a existé, existe et existera. En faite, ce qui est amusant avec les êtres humains, c’est leur acharnement à essayer de cerner, définir ou faire rentrer dans des concepts et des cases, quelque chose qui n’y rentrera jamais. « Ce qui est divin » dépasse tout ce que nous pouvons envisager avec notre entendement et percevoir avec nos sens habituels.

Le divin : unique, multiple, féminin, masculin, créateur et destructeur…

J’ai l’habitude d’écrire à ce sujet que « ce qui est divin » est unique dans son principe, son essence, mais multiple dans ses manifestations. Spontanément, je l’envisage plutôt comme une mère ou féminine. Mais je suis parfaitement consciente, que cela vient de moi. Que pour autant, « ce qui est divin » n’est pas plus masculin, que féminin. Mais, dans cette incarnation ou à cause des inclinaisons de mon caractère, peut-être mes expériences, je suis plus sensible ou attirée par sa manifestation féminine. Cela m’est propre. Ce n’est pas la vérité, ni un dogme. Je conçois tout à fait que ce puisses être autrement pour d’autres personnes. Pour moi le divin, c’est la mère divine, la créatrice, la nourricière ou la préservatrice de la vie, la destructrice ou la mort. Mais, il est possible de dire la même chose d’un dieu ou de plusieurs divinités.

 

 

En quête de sagesse

Après toutes ces années, de recherches, de pratiques, de questionnements, d’expériences, d’avancées, de reculs, de bifurcations, de doutes et de confiance… j’ai fini par reconnaître que ma motivation principale est la quête de sagesse. Qu’est-ce que j’entends par sagesse ?

Une vision authentique, juste et claire du monde. Une forme de connaissance, qui ne relève pas de l’accumulation de savoirs, de lectures, d’études ou de la prouesse intellectuelle. Les plus savants d’entre nous ne sont en effet pas nécessairement les plus sages. Et, nous pouvons trouver des sages, parmi ceux qui ont pas ou peu fréquentés les bancs de l’école. Plutôt une connaissance de l’essentielle, qui parfois pourrait s’apparenter à la notion de « bon sens ».

La sagesse. Une façon d’être, un art de vivre.

Être vivant, dans le sens d’éveillé et non endormi. Mais endormi par quoi ? Par nos peurs et par la cohorte d’illusions qu’elle produit. Par le manque d’amour, qui conduit à la haine, à la soif de pouvoir, de contrôle, à vouloir détruire, avoir toujours raison, être le premier, ne jamais avoir tord, craindre et cacher ses erreurs mais faire tout un plat de celles des autres, juger les autres mais oublier de se regarder soi-même, chercher à être reconnu et visible mais oublier de vivre, etc.

La sagesse. C’est être pur, dans le sens d’authentique ou Soi. Donc agir non en fonction de ce que pense les autres, de ce que « la société » attend de moi, mais en cohérence avec soi-même dans le respect d’autrui. Je pense que la sagesse, c’est aussi se rapprocher de « ce qui est divin », peu m’importe que vous l’appeliez dieu, déesse, les dieux, les déesses, la source, la conscience universelle, le grand architecte, l’énergie, la matrice, etc. Se rapprocher de « ce qui est divin » à comprendre comme retourner à sa source ou retrouver sa nature originelle, après l’avoir perdue de vue. Se souvenir que nous sommes frères et sœurs, du simple fait que nous soyons enfants de la Vie, cette force qui anime et créé tout. Une force ou un principe, à qui nous avons donné de multiples noms et visages. Qui n’a aucune forme, mais toutes les formes. Qui a des milliers de noms, mais qu’on ne peut nommer par un seul sans trahir son essence, qui dépasse tout ce que nous pouvons imaginer. Et surtout qui échappe à nos tentatives de définition.

Je sais que je ne sais rien  – « hén oȋda hóti oudèn oȋda »  ou « scio me nihil scire »
une maxime attribuée au philosophe grec Socrate.

Quête de sagesse, foret et bouddha