Sagesse égyptienne : Her Bak t.2 chap.1 et le questionnement spirituel

En janvier de l’année dernière, j’avais repris la lecture du roman initiatique Her Bak, consacré à la sagesse de l’Égypte ancienne. Si vous ne voyez pas de quoi il s’agit, je vous remet ci-après les liens vers les articles présentant le roman et le premier tome  :
Her Bak de Isha Schwaller de Lubicz, un roman initiatique sur la tradition égyptienne
Sagesse égyptienne : Le roman Her Bak, tome 1 « Pois Chiche » 

Le tome 2 est à mon avis plus riche, plus dense et plus ardu. J’ai donc choisi de l’aborder chapitre par chapitre. Pour rappel, le tome 1 s’était achevé sur la possibilité offerte au jeune Her Bak (Pois Chiche) de postuler à l’enseignement du Temple intérieur. Ceci lui a été permis après avoir suivi celui du Temple extérieur, notamment auprès des artisans et réussi l’épreuve de la nuit du Neter (neter/netjer = dieu en égyptien ancien).

Her Bak, disciple, tome 2 de Isha Schwaller de Lubicz

Partie 1, chapitre 1 : la question

Le chapitre commence le jour ou Her Bak doit rencontrer le Sage et les Maîtres du Temple, pour passer une sorte d’épreuve d’admission. Le soleil n’est pas encore levé, lorsque le héros rencontre le Sage. Celui-ci lui soumet la teneur de son épreuve. Il doit en une seule question, énoncer l’intérêt principale qui motive sa recherche et son désir d’entrer au Temple intérieur. Le Sage le laisse réfléchir et vient le chercher peu après l’aube, pour l’emmener dans la salle hypostyle. Là, l’attendent les Maîtres du Temple. Ils sont au nombre de 3 :

  • Le Maître de Mystique
  • Le Maître des Mesures
  • Le Maître du Symbole

Le Sage se place à leurs côtés. Her Bak se retrouve comme face à une sorte de jury d’admission. Il décide de leur présenter le déroulement de la pensée, qu’il a tenté de suivre pour aboutir à la question. Sa première interrogation fut : « Pourquoi suis-je sur terre ? ». Mais n’ayant pas trouvé sa question pertinente, il continue de chercher et d’autres questions suivirent, qu’il passa inlassablement au crible de sa critique. Parmi ses interrogations, le lecteur peut lire entre autres  :

  • Sais-je qui je suis moi ? Sais-je ce qu’est la terre ?
  • Que fait l’homme sur terre ? La terre existera-t’elle toujours ?
  • Les astres qui font les saisons et influencent l’homme, de qui dépendent-ils ?
  • La mort est la fin de quelque chose, mais quelle chose ?
  • Qu’est-ce que l’homme ? Si il est l’être le plus complet sur terre, je devrais en le connaissant, pouvoir connaitre le reste; cependant je suis homme et je ne me connais pas !
  • etc.

Ainsi en toute honnêteté, Her Bak expose le fil de sa pensée aux Maîtres et au Sage. Il avoue n’être pas parvenu à trouver sa question. Malgré cela, le jury consent à l’aider à élaborer sa question, constatant qu’il a fait de réels efforts pour faire aboutir sa réflexion. Ils le guident via des questions et lui conseillant de repartir de ce qu’il connaît. Ils l’amènent ainsi à s’interroger notamment sur la mort et comment elle se manifeste, qu’est-ce qu’elle nous montre concernant la vie.

Il arrive finalement à une unique question fondamentale, qui sera la réponse à son épreuve d’admission : Qu’est-ce que la vie ?

Le Sage, qui connait bien le jeune homme, lui demande pourquoi il n’a pas choisi la question : « Qu’est-ce que le neter (dieu/le divin)? ». Car ce sujet le préoccupait beaucoup avant. Puis, chaque Maître lui donne une définition de l’être humain selon son domaine de compétence.

Le Maître de Mystique

L’homme est le Naos du verbe divin.

Le Maître des Mesures

L’homme est la mesure de l’univers.

Le Maître du Symbole

L’homme est la statue vivante du grand monde, dont il résume tous les symboles.

Le questionnement spirituel

Ce chapitre fait écho aux articles rédigés récemment comme Ouab, authenticité et identité païenne . Pourquoi ? Et bien parce que nous y retrouvons le moteur d’une quête spirituelle, le questionnement sur l’existence. Et ici Her Bak a une tâche ardue, quoi qu’essentielle. Il doit épurer suffisamment son questionnement existentiel (qui suis-je ? d’où je viens, Ou je vais ? La mort…) pour ne garder qu’une seule interrogation fondamentale, dont la réponse soit finalement susceptible de donner la clef pour tout le reste. Même si votre tradition n’est pas celle de l’Égypte ancienne ou même néo-païenne, il est à ce stade du roman facile de s’identifier à Her Bak. Car il a le même questionnement que la majorité des chercheurs spirituels. Ces questions ne sont pas très différentes de celles que nous pouvons encore nous poser aujourd’hui et que les anciens ont pu aussi se poser.

L’identité culturelle (néo)païenne est-elle seulement quelque chose de personnel ?

Suite aux premiers articles sur le sujet, un élément m’a été soumis lors d’échanges privés et par plusieurs personnes. De ce fait, je pense qu’il vaut mieux l’éclaircir afin que la réflexion et le dialogue ne partent pas dans de mauvaises directions à cause d’une confusion sur les mots employés, le sujet et leur sens. La question est : « Est-ce que l’identité culturelle (néo)païenne est quelque chose de personnel ? C’est à dire est-ce que ça concerne que moi, mon histoire et pas les autres… ?

Je précise que depuis le début de cette série d’articles, le sujet est un l’identité culturelle et que l’objectif est de l’envisager dans le cadre du (néo)paganisme. Il ne s’agit pas du concept de l’identité en général, même si on s’y réfère forcément un peu. Je cible en particulier un type d’identité. Voilà, le cadre précis de la discussion.

Reprenons le mot personnel. Il signifie :
– 
propre à une personne, qui lui appartient, qui le caractérise.

Est-ce que nous pouvons dire qu’une identité culturelle est seulement propre à une personne, lui appartient uniquement et ne caractérise qu’elle ?

Pour ma part, je répondrais que non. Et là je réponds uniquement pour le cas spécifique de l’identité culturelle, pas l’identité en général. J’espère être clair, qu’il n’y ai pas de confusion à ce sujet. Parce que la culture est si je reprends les propos du sociologue québecois Guy Rocher :

« un ensemble lié de manières de penser, de sentir et d’agir plus ou moins formalisées qui, étant apprises et partagées par une pluralité de personnes, servent, d’une manière à la fois objective et symbolique, à constituer ces personnes en une collectivité particulière et distincte. « 

La culture est quelque chose de commun, qui est partagé et porté par un ensemble d’individus. Quand je me dis de culture européenne, la culture européenne ne m’appartient pas qu’à moi seule. Je ne suis pas la seule à être caractérisée par ce particularisme. Ce qui est personnel sera peut-être dans ma façon de l’exprimer, parce que parmi la variété d’éléments qui caractérise cette culture, je ne les exprimerais pas tous dans ma façon d’être ou avec des variantes, des différences, par rapport à une autre personne. Mais, il demeure que l’identité culturelle européenne, si je prends cet exemple, est collective. Si je prends celle du néo-paganisme, je dirais la même chose. Elle est constituée d’éléments communs à un ensemble de personnes, même si toutes ces personnes ne les intègrent pas dans leurs façons d’être et qu’il peut y avoir des différences entre elles.

L’identité culturelle est une identité collective.

Articles précédent au même sujet :
La question de l’identité dans le (néo-)paganisme contemporain
Ouab, authenticité et identité païenne

 

Ouab, authenticité et identité païenne

Dans l’article précédent, « La question de l’identité dans le (néo-)paganisme contemporain », il a été question du fait que l’identité culturelle puisse être liée à une quête de soi. Une recherche, qui répond à un désir de vérité intérieure, de retour aux « origines » bref d’authenticité. Il peut aussi être question du désir de retour à un age d’or, un paradis perdu ou un idéal de civilisation. La quête de soi, c’est aussi la recherche de réponse à des questions existentielles propre à la quête spirituelle, par exemple : « Qui suis-je ? », « D’où je viens ? », « Quel est le but de l’existence ? », « Est-ce que le divin (singulier ou pluriel) existe ? », « Qu’est-ce que la vie ou la mort ? », etc.

Pour ma part, je vais m’attarder sur la notion de vérité intérieure et d’authenticité. Pourquoi ? Comme je l’ai noté dans la fin de l’article précédent, je vois un lien avec la notion de pureté, sur laquelle je m’étais penchée via le mot d’ancien égyptien « Ouab » (cf. Livre écrit à ce sujet « Ouab – fonction sacerdotale et sens initiatique de la pureté dans la tradition spirituelle égyptienne »). Dans l’article, « Tribulations païennes de début 2018 », j’avais re-noté dans quelles circonstances, ce mot est devenu important ou une clef pour moi. Pour ceux qui ne l’ont pas lu, vous pouvez suivre ce lien. C’est l’avant-dernier paragraphe tout en bas. Pour ceux qui s’en souviennent, je ne vais pas me répéter ici. 🙂

Pour commencer, je vais vous présenter le mot « Ouab » et deux façons de l’écrire en hiéroglyphes, sachant qu’il y en a d’autres.

Ouab signifie :

  • Adjectif : pur.
  • Verbe : se purifier, se baigner, nettoyer, purifier et aussi servir en tant que prêtre.
  • Nom : purification, pureté.
  • Fonction sacerdotale : désigne la catégorie des « prêtres purs ».

Cf. dictionnaire du Projet Rosette

Se terme recouvre donc tous ce qui a trait à l’idée d’être pur, de pureté, de purification et de se purifier, ainsi que le sacerdoce des prêtres purs. C’est la notion de pureté. Cela veut dire quoi être pur ?

Dictionnaire Larousse (édition 2006)
Pure,e :

  • Qui est sans mélange.
  • Qui n’est ni altéré, ni vicié, ni pollué.
  • Qui est sans corruption, sans défaut moral.
  • Qui est absolument, exclusivement tel quel.

Synonymes de pureté : limpidité, netteté, honnêteté, candeur, innocence, honneur, sagesse, vertu, chasteté, droiture, franchise, exactitude, authenticité, clarté, désordre, diaphanéité, exemption, transparence, virginité, etc.

Quand je l’ai étudiée dans le contexte égyptien. J’ai vu que la purification servait à ramener la chose ou l’être « purifié » à son état d’origine. Dans les textes, l’eau utilisée pour les purifications évoque le Noun, l’océan primordiale des cosmogonies égyptiennes, l’eau céleste de la déesse-ciel Nout (qui enfante le soleil, les dieux) et le Nil, source de vie. C’est donc à la source de toute vie, qu’il est fait appel pour être purifié. J’ai trouvé dans les textes des idées évoquant le retour à l’état de pureté du nouveau-né, des dieux, du dieu solaire renaissant chaque jour ou encore du phœnix qui renait. Il y a pas mal d’éléments, qui renvoient à l’idée de revenir à son état primordiale, son être originel, donc d’être authentique dans le sens de non influencé par un ou des éléments extérieurs, non-soi. Être « tel quel » comme le dit la définition du Larousse. D’ailleurs, les anciens égyptiens pensent le temps comme un cycle, avec l’idée de retour au temps de l’origine, le temps du début de la création. Le nouvel an est une réactualisation par exemple du premier jour de la création. Et chaque jour aussi, car le soleil renait chaque matin. Ce sont des répétitions symboliques de la cosmogonie.

Les termes « pur » et « pureté » étant parfois associés à des codes moraux coercitifs, notamment dans les mouvements extrémistes ou intégristes (idéal de chasteté, de virginité, pureté raciale…), je leur ai préféré à l’usage leurs synonymes « authentique » et « authenticité ». Hors en lisant des articles au sujet de l’identité culturelle… voilà que je tombe sur l’idée de « quête de soi » et « authenticité ».

Je vous copie ci-dessous l’article de Patrick Charaudeau, « L’identité culturelle entre soi et l’autre » et le passage qui m’a interpellé :

La quête d’une origine

Cette idée est née dans le prolongement de l’idée que l’identité culturelle était finalement une sorte de paradis perdu. Elle est particulièrement prégnante à notre époque, et peut-être est-ce une marque de notre modernité. Il fallait pour cela que les guerres s’éloignent dans des horizons de temps et d’espace lointains, que les grandes causes de luttes sociales s’effondrent, et que, du coup, les repères traditionnels disparaissant, les liens sociaux se distendent.

Alors, l’identité du groupe ne pouvant plus se construire dans l’action ni dans la perspective d’un “être ensemble contre un autre-ennemi”, revient en mémoire un passé, une origine vers laquelle on se tourne avec nostalgie et que l’on désire récupérer. Cette origine se concrétise ici dans un territoire (la Corse), là dans une langue (la Corse, le Catalan, le Basque) ; ici dans la résurgence de coutumes anciennes, là dans une ethnie qui s’était mélangée et qu’il faut purifier (Serbie, Pays Basque) ; ou encore dans la relecture des valeurs religieuses (les intégrismes).

Dès lors, s’opère un mouvement de retour vers ces origines aussi bien de la part des individus que des groupes sociaux, avec une volonté plus ou moins affirmée (plus ou moins guerrière) de retrouver ce paradis perdu. Commence alors une quête du soi, au nom d’une recherche de l’authenticité  : saisir son identité serait saisir l’authenticité de son être.

Actes du colloque de Louvain-la-Neuve en 2005
Patrick Charaudeau *, « L’identité culturelle entre soi et l’autre », Centre d´Analyse du Discours, Université de Paris 13

L’identité répond en effet à la question : « Qui suis-je ? ». Par exemple, je suis une femme, je suis une mère, je suis européenne, je suis française, etc.

Question qu’on retrouve dans les quêtes spirituelles anciennes et contemporaines, mais qui demande comme réponse autre chose que des réponses concernant les aspects les plus superficiels ou extérieurs de l’être. Si vous vous engagez dans une démarche spirituelle, c’est pour obtenir des réponses autres que celle concernant votre genre ou votre nationalité, je pense.

Cette question sur l’être est aussi présente dans la démarche de purification, comme démarche d’authenticité ou de retour au soi d’origine, « sa vérité intérieure » ou son « identité profonde ». La purification est une étape de beaucoup (voire la plupart ?) des cheminements initiatiques.

Je vais m’arrêter là pour aujourd’hui. 🙂

Notes :
* Patrick Charaudeau, Professeur Émérite de l’université de Paris 13, chercheur au CNRS, membre du collège iconique de l’INA

 

La question de l’identité dans le (néo-)paganisme contemporain

Il y a une question, un thème disons, qui me chiffonne depuis quelques temps. Je n’en ai pas fait le tour. Ni n’en suis spécialiste. C’est la question de la notion d’identité, mais pas dans le (néo)-paganisme identitaire comme on pourrait s’y attendre, mais en général. Pourquoi ? Parce que l’adhésion ou l’engagement dans une tradition ou une voie païenne est souvent associée à l’adoption de ses codes. J’entends par là par exemple le vêtement rituel, les symboles et les bijoux, les références culturelles (ancêtres, auteurs, livres, films…) les noms (personnes, mois, jour, fêtes, objets,…), la façon de se saluer, parfois aussi une langue ou les bribes d’une langue ancienne associée, des valeurs, des croyances, etc. Et tout cela constitue une identité culturelle, ici liée au spirituel.

Je vous propose un extrait d’article sur la notion d’identité culturelle :

Dans les sciences humaines et sociales, l’usage du terme « identité » désigne généralement, non pas la « nature profonde » d’un individu ou d’un collectif en soi, mais la relation entre les appartenances collectives (c’est-à-dire le fait pour un individu de pouvoir être identifié au moyen de catégories sociales) et des personnalités individuelles (la manière dont chacun s’identifie lui-même). Ainsi, les identités collectives (ensemble des catégories qui identifient un individu à un moment donné, dans un lieu donné) et les identités individuelles (sentiment d’être telle ou tel, dans sa singularité) sont inséparables, la question étant généralement de savoir comment tel ou tel comportement ou croyance peut se comprendre à partir des appartenances collectives et de la manière dont celles-ci sont vécues, intériorisées par telle ou telle personne.

Article sur L’Identité culturelle, livre de Geneviève Vinsonneau par Jean-François Hersent
Source : Bulletin des bibliothèques de France (BBF)

L’identité culturelle :
– permet de se définir par opposition ou comparaison à l’autre qui est différent, par exemple le païen polythéiste face au monothéiste,
– s’enracine dans une quête de soi, « qui suis-je ? », ce que je crois être et/ou ce que l’autre dit de moi,
– une quête de soi qui répond à un désir de vérité intérieure, de retour aux « origines » bref d’authenticité ou aussi le désir du retour à un age d’or, un paradis perdu, un idéal de civilisation,
– pose la question de son immuabilité et de sa pérennité, ainsi que de sa pureté ou de son métissage,
– crée des étiquettes et une catégorisation des individus, pouvant générer de l’exclusion,
– est en lien avec le « persona » de l’individu (cf.Jung), selon article Wikipédia : « la part de la personnalité qui organise le rapport de l’individu à la société, la façon dont chacun doit plus ou moins se couler dans un personnage socialement prédéfini afin de tenir son rôle social », du grec prosopon = masque,
– peut être liée à un espace et un temps donné, une époque,
– peut aussi poser la question de la légitimité (dans le sens de conforme aux règles, justifié, qui a les conditions, les qualités requises pour prétendre être…).

Pour l’instant, j’ai plus de questions en tête sur le sujet, que de réponses. Cet article est donc plutôt un brouillon, une feuille de notes, de liens aussi… des pistes jetées par là en attendant d’être explorées. Et je vois que cela rejoint le thème de l’authenticité, qui pour moi est relié au mot en ancien égyptien « Ouab » (pur) dont j’ai parlé précédemment… dans l’article juste avant celui-là : Tribulations spirituelles de début 2018 .   J’y reviendrai sûrement, car du coup ça fait sens pour moi… en particulier en ce moment où je me sens comme une SSNI (spirituelle solitaire non identifiée) ou PSNI (païenne solitaire non identifiée)…  Mince le réflexe de se coller une étiquette pour s’identifier qui se manifeste. Vous voyez même sans vouloir se sentir rattacher à un mouvement, un groupe, le réflexe de nommer ce qu’on est, de l’identifier, de se distinguer arrive… même pour dire qu’on est « sans étiquette »… Et voilà, créer une étiquette pour se dire « sans étiquette »… pffff…. autant en rire.

Webographie :
L’identité culturelle : le grand malentendu, Actes du colloque du Congrès des SEDIFRALE, Rio, 2004, Patrick Charaudeau du Centre d´Analyse du Discours, Université de Paris 13
– Article sur « L’Identité culturelle », livre de Geneviève Vinsonneau par Jean-François Hersent, Bulletin des bibliothèques de France (BBF)

Tribulations spirituelles de début 2018

Il y a quelques jours ou semaines ? Je sais plus. J’ai écris un article intitulé « En quête de sagesse ». Parce que je venais de comprendre après toutes ces années, que le moteur de ma vie spirituelle était la recherche de la sagesse. Et la sagesse est présente dans de nombreuses traditions pour ne pas dire toutes, comme son contraire d’ailleurs. L’être humain est capable d’exprimer et de réaliser le meilleur d’une voie, comme de la pervertir et de la dénaturer. Il n’y a finalement aucune religion, aucune spiritualité, aucune tradition, qui ne soit un label garantissant des adeptes sans défauts. Le Label Rouge version spirituel, ça n’existe pas.

Questions versus affirmations

J’ai hésité à continuer à écrire sur ce blog. Je constate d’ailleurs que les blogs spirituels de type « néo-païens » se font plus rares. Enfin les actifs, je veux dire. Certes le support (blog) est passé un peu de mode. Je suppose aussi, que partager par écrire son vécu, particulièrement le travail sur soi spirituel est chose ardue. Le propre du processus initiatique est qu’il se vit. Il n’est pas fait pour être le sujet d’une dissertation. Il est difficile à communiquer. Chacun lit un texte au travers des filtres de sa propre expérience, interprète ou s’imagine ce qui n’est pas dit explicitement. Bien qu’il existe des zones de commentaires sur les blogs, elles servent peu à poser des questions aux auteurs pour s’assurer d’avoir bien compris son opinion. Comme si demander une reformulation ou des précisions risquaient de vous faire passer pour l’imbécile, qui n’a pas compris du premier coup.

Faut être maso pour continuer à blogguer en 2018 ?

Malgré tout, je persiste à blogguer. Car je me souviens de ceux, qui m’ont précédé sur la toile. Leurs écrits ont stimulé ma curiosité et ma soif de réponses. Alors, je prends le risque d’être mal comprise, raillée, tournée en ridicule, voire mes propos compris de travers, et conjointement celui de croiser quelques internautes avec lesquels les échanges seront réciproquement fructueux. J’ai le droit de rêver, non ? Cela m’aide aussi à prendre du recul. Je suis une introvertie, les grands discours à l’oral et les débats verbaux ne sont pas mon truc. Je préfère la réflexion intérieure, l’analyse et la recherche en profondeur. N’ouvrir la bouche que pour l’essentiel. Parler pour réfléchir à voix haute comme les extravertis, verbomoteurs, c’est pas mon mode de fonctionnement …

Le côté païen des incantations de Mike Olfield

Pendant, que je rédige, j’écoute l’album Incantations de Mike Olfield (1977). Il s’accorde assez bien avec mon état d’esprit lorsque j’écris. Je me souviens l’avoir découvert en 2004, dans le dossier MP3 d’une collègue. Je ne connaissais pas. J’ai bien accroché et ce fond sonore a accompagné mes premières lectures au sujet de la sagesse égyptienne, des paganismes antiques, des néo-paganismes et des spiritualités orientales. On peut entendre dans la Partie 1 à 9:41 et la Partie 2 à 7:44, l’invocation des noms divins :  » Diana, Luna, Lucina. Lumen. » Dans la partie 4, Mike Olfield a repris et légèrement modifié les paroles d’un hymne à Hymne à Diana ou Ode à Cynthia de Ben Jonson écrit en 1599 et publié en 1601. Ci-dessous l’hymne original et la version modifié de Mike Olfield :

Hymne to Diana or Ode to Cynthia Ben Jonson

Queen and huntress, chaste and fair,

Now the sun is laid to sleep,

Seated in thy silver chair,

State in wonted manner keep:

Hesperus entreats thy light,

Goddess, excellently bright.

Earth, let not an envious shade

Dare itself to interpose;

Cynthia’s shining orb was made

Heaven to clear when day did close:

Bless us then with wishèd sight,

Goddess, excellently bright.

Lay thy bow of pearl apart,

And thy crystal-shining quiver;

Give unto the flying hart

Space to breathe, how short soever;

Thou that mak’st a day of night,

Goddess, excellently bright.

》 Version de Mike Olfield

Queen and huntress, chaste and fair,

Now the sun is laid to sleep,

Seated in a silver chair,

State in wonted manner keep:

Earth, let not an envious shade

Dare itself to interpose;

Cynthia’s shining orb was made

Heav’n to cheer when day did close:

Lay thy bow of pearl apart,

And thy crystal-shining quiver;

Give unto the flying hart

Space to breathe, how short soever;

Hesperus entreats thy light,

Goddess, excellently bright.

Bless us then with wished sight,

Thou who makes a day of night…

Certains messages mettent des années à délivrer pleinement leurs sens

En repensant aux années passées, je me suis souvenu d’une expérience marquante. C’était en 2006, je crois. Je m’interrogeais sur la suite à donner à mon cheminement spirituel. Mon dieu/déesse, qu’est-ce que je me prenais la tête pour pas grand chose à l’époque, quand j’y repense ! Mais, bon cela a eu du bon quand même… un soir, en juin je crois… il faisait chaud, temps orageux. J’ai décidé de méditer devant mon autel domestique à ce sujet. Et alors que je désespérais de trouver une réponse, j’étais sur le point de m’arrêter… un mot m’est venu à l’esprit. De l’égyptien ancien, pas un mot familier. Pas de ceux que j’aurai pu étudier ou employer souvent avant cette date. Donc tout à fait surprenant. Ouab. Cela désigne la notion de « pureté » et une catégorie de prêtres, ainsi qu’un stade initiatique je pense, un pré-requis pour entrer au temple (sens propre, comme figuré). A l’époque, je me suis lancée dans son étude dans le contexte égyptien ancien pour comprendre ce que ce mot pouvait bien vouloir signifier. Puis, aussi j’ai tenté d’explorer et de vivre la prêtrise « Ouab »… Mon « dieu/déesse » que de naïve ambition ! J’en ris quand j’y repense. Oui, je ris de moi-même et que ça fait du bien. Mais bon, il me fallait vivre cette expérience. Elle a été formatrice. Et si je devais le refaire, je le referais.

Je comprend rétrospectivement pourquoi ce mot m’a été « suggéré ». Aujourd’hui, ce que j’ai tiré de cette expérience, m’est toujours utile et je dirais même plus que jamais. Mais cela reste très difficile à expliquer. Car sa portée et son impact sont propres à mon cheminement. Si cette clef m’a été donnée, c’est parce qu’elle était particulièrement adaptée au contexte de vie qui est le mien. Mais pas pour la restauration ou la résurgence de cette tradition, comme j’ai pu le supposer. Ma difficulté a été de découvrir que c’est un enseignement vivant dans mon contexte personnel, mais qui n’avait pas à se matérialiser aux travers des mêmes formes (actes, rituels, fonctions…) qu’autrefois. En fait, ce n’est pas en embrassant la carrière de prêtre/prêtresse ouab sous une forme « restaurée », que que je devais forcément incarné et vivre la leçon contenu dans ce mot, le mieux.