Quand le marketing aura dompté et tué la sorcière

Je suis tombée dans le monde du néo-paganisme francophone et donc aussi celui des sorcières modernes, qui lui est lié, au début des années 2000. Je suis loin d’être une pionnière. Ces mouvements sont nés avant que j’en fasse la connaissance. Mais, depuis quelques temps, je remarque quelque chose, qui me pose question et m’interpelle. Il s’agit de l’émergence de youtubeuses, de formations, de magazines et autres produits estampillés sorcière/sorcier. Vous allez me dire avec mes motifs graphiques sur tee-shirts et autres supports imprimables, j’en fais partie. Oui, c’est bien pour ça que je me pose la question. Bien que je pense être plus dans l’humour et la démarche artistique. Je me dois de questionner le sujet. Mais quel sujet ? Et bien la transformation de la notion de sorcière en concept marketing et commercialisable, c’est à dire sa récupération par le capitalisme comme produit source de profits.

La sorcière et la culture néo-païenne cibles de la récupération culturelle

C’est peut-être la lecture récente de Sorcière de Mona Chollet et du Temps de l’anti-pub, de Sébastien Darsy, qui ont stimulé ma réflexion. Il y a aussi l’e-mail reçu du groupe de presse Oracom, éditeur de Happinez, respire, Miss respire, Simple Things, Psychologie Positive, Yoga magazine… Ce dernier a lancé une « école des sorcière » avec des formations reprenant les thèmes du féminin sacré, dont les contenus me rappellent ceux explorés par des (néo)païennes et sorcières modernes au début des années 2000 et ensuite via leurs blogs, leurs livres auto-édités et des ateliers « faits maison » avec passion. Je ne dis pas que les auteurs de l’école des sorcières du groupe Oracom ne sont pas sincères, mais il m’a semblé qu’un pas vient d’être franchi… celui de la commercialisation ou utilisation marketing de la sorcière. Et je ne pense pas que ce soit une bonne chose à 100 %. Un groupe de presse qui lance une école de sorcières…avouez que ça questionne. Même si ce groupe de presse est orienté bien-être et spiritualité. En commercialisant des magazines et des formations pour devenir sorcière, on transforme la sorcière en concept marketing et en produit, ce qui petit à petit peut vider le mot de son sens. Rappelez-vous qu’une sorcière vit en marge de la société, c’est sa force et sa faiblesse. Elle est une intermédiaire, une entre les mondes. Elle appartient au domaine du sauvage, même si elle est capable de vivre en société. Si vous ne l’avez pas lu, consultez aussi, Femmes qui court avec les loups de Clarissa Pinkola Estés, sur le thème de la femme sauvage.

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Réveil chamanique par le corps…

Je ne me souviens plus de la dernière fois, avant ce soir, où j’ai pratiqué un rituel chamanique. Depuis 3 presque 4 ans, j’en étais devenue incapable. L’énergie manquait. La connexion n’était plus là, comme morte ou inaccessible. Je n’étais plus capable de passer par cette voie. Elle m’était comme fermée. Sauf les rêves. Mais moi et les rêves, c’est une longue histoire, que je consigne dans un journal comprenant les récits de souvenirs de songes de plusieurs années. Mais le rituel chamanique, le voyage, la transe, la quête de vision rien depuis presque 4 ans… nada !

Photo by Cindy Chen on Unsplash

Le corps véhicule de la transe

Jusqu’à hier soir… je vivais dans un état de connexion rompue ou difficile à établir. Et puis, je me suis allongée dans l’herbe sous la voûte étoilée. Il était entre 21h et 22h. Je n’ai pas vraiment regardé l’heure à vrai dire. Ce n’était pas important. Je me suis perdue dans la contemplation des étoiles et l’immensité de l’univers. Son mystère est fascinant et émerveillant. Face à lui, on reprend conscience de sa véritable mesure, toute petite face à l’immensité de la création et du cosmos. Et puis je me suis reconnectée à la terre, pieds nus et mains posés à plat sur elle. Mon chat est aussi venu me faire des câlins. Mon corps s’est détendu au contact de l’herbe, du sol et de la fraicheur nocturne. J’ai respiré avec mon ventre. Mes poumons se sont gonflés d’air. Je me suis sentie régénérée et puis de nouveau dans mon corps, les sens en éveil. Ces derniers temps, il était comme une carapace parfois insensible, parfois trop douloureuse (mal de dos, de cervicales, courbatures, tensions musculaires, maux de têtes..etc). Et puis… je ne sais pas, j’ai eu l’intuition ou l’envie de mettre un fond de musique entre guillemets dites « chamaniques ». Et au son du hochet, j’ai dansé, bougé en rythme comme si mon corps était un hochet, comme si il était rempli de petits grains de sable à faire vibrer. Alors j’ai vibré, secoué chaque partie de mon corps. J’ai sentie là où s’était plus souple, facile à « shaker » et là où ça résistait. Les endroits plus rigides, moins souples, je les connais. Cela n’a pas été une révélation, mais plutôt une confirmation. Alors je me suis employée à les faire vibrer, à les remuer comme le reste. C’était vivifiant et énergique. Personne ne me voyait et tant mieux. Car ma danse saccadée n’avait sûrement rien d’esthétique. Je bougeais de tout mon corps. On aurait pu me prendre pour une folle. Mais j’étais abritée par le manteau sombre de la nuit. Nul regard n’ai venu juger mon expérience.

Image by Алина Осипова from Pixabay

Lâcher prise pour se sentir un être vibrant

Je me suis arrêté essoufflée, mais si bien dans ce corps que j’habitais à nouveau. J’ai dormi comme un bébé, détendue. Et le lendemain matin, pas de courbatures, pas de tensions, là où j’en avais depuis des mois. Et ce soir, j’ai renouvelé l’expérience. Habiter ce corps, totalement et pleinement m’a redonné accès à la transe. Loin de me clouer au sol, cet ancrage dans le corps a permis à nouveau à mon esprit de pouvoir s’envoler, se laisser prendre par les vibrations du tambour et du hochet. Juste vibrer. Vibrer comme tout l’univers autour de soi. Je ne suis pas partie très loin. Car je ne le souhaitais pas. Mais j’ai senti à nouveau que j’en étais capable et que les chemins s’ouvraient pour moi, si je le désirai, si je lâchais prise et me contentait d’être au son de la musique. Juste d’être… un être vibrant.