Les dieux anciens illyriens

C’est au cours de mes recherches généalogiques, que j’ai découvert un lien ancestral entre ma famille et les illyriens. Ce fut une surprise, car aucun de nous ne soupçonnait, que certains de nos ancêtres aient pu venir des balkans. Je m’imaginais certes que mes lointains ancêtres avaient pu participer aux grandes migrations de populations européennes, comme tout le monde. Mais, je ne m’étais pas projeter en particulier sur cette partie de l’Europe. C’est une région qui me semble lointaine et peu familière. J’en ai surtout entendu parlé au travers des actualités ou des cours d’histoire, quand cette zone fut le théâtre d’affrontements sanglants. Je ne me rappelle pas dans mes cours sur l’antiquité, que mes professeurs aient parlé de l’Illyrie. Nos cours étaient plutôt centrés sur « nos ancêtres les gaulois », l’empire romain et les francs. Hors même si je vis à l’Ouest de la France aujourd’hui, comme mes ancêtres récents. Cela ne signifie pas que mes ascendants anciens étaient tous originaires de cette région pour autant. Et c’est ce que j’ai découvert via les analyses génétiques. Une part d’entre eux vient des Balkans et en particulier de la Dalmatie, en Illyrie. C’est pourquoi, j’ai commencé à explorer leur culture et leur spiritualité. Je rappelle à mes lectrices et lecteurs, que cet article est une recherche personnelle, pas une thèse d’histoire. J’essaie au mieux de baser mes recherches sur des articles et des ouvrages d’historiens à ma portée. Cependant, mon travail ne peut être totalement exempt d’erreurs et d’approximations, de ce fait. Malheureusement, je n’ai pas les moyens d’un chercheur universitaire en terme d’accès aux ouvrages, de formation et de temps à y consacrer. Merci de le prendre en compte. Ceci étant dit, partons ensemble découvrir les divinités illyriennes…

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L’hydronyme Isara et les flux migratoires européens

Il y a une chose qui m’interpelle depuis que j’ai commencé à faire des recherches sur le nom ancien de la petite rivière de mon enfance, l’Issoire, dont le nom ancien est Isara. Nom pré-celtique à la racine indo-européenne. Plusieurs cours d’eau en Europe possèdent la même racine. Fait plus troublant, en notant sur une carte avec un trait (pas toujours bien orienté par rapport au sens du cours d’eau, certes… juste un repère) pour indiquer où se situaient ceux-ci, quelque chose m’a frappé. Une bonne partie d’entre eux forme un axe qui partirait de l’Europe de l’Est pour aller vers l’Ouest, qui fait penser à un axe de flux migratoire en Europe (indo-européen ?).

La question reste à creuser… Je n’ai pas forcément toute la documentation nécessaire pour recenser tous les cours d’eau d’Europe ayant cette racine, ni de logiciel me permettant de faire une carte plus précise de ce réseau hydrographique. Mais cela pose question, tout de même…

En revanche, les nombreux hydronymes du type Isara ont été analysés avec pertinence par des spécialistes de l’indo-européen qui rejettent implicitement l’existence d’une racine *iz dans Isara. En effet, Isara à l’origine des hydronymes Yser, Isar, Isère, Oise, etc. signifierait « l’impétueuse, la rapide », car ce terme évoque immédiatement l’indo-européen *isərós [ish-rós] « impétueux, vif, vigoureux » que postulent les termes sanskrit isiráh, même sens, grec hieros « sacré », etc. et repose sur une racine indo-européenne *eis(ə)-8 et non pas paléo-européenne *iz.

Hydronomie paleo-européenne (wikipedia)

Liste de quelques hydronymes issus de la même racine Isar

  • L’Issoire, affluent de la Boulogne (85 – Vendée)
  • L’Isereau, affluent de l’Issoire (85 – Vendée)
  • L’Isac, rivière (44 – Loire Atlantique)
  • L’Iseron, rivière (44 – Loire Atlantique)
  • L’Issoire, rivière (16 – Charente et 87 – Haute-Vienne)
  • Yzeron, affluent du Rhône
  • L’Isère, rivière du département de l’Isère
  • L’Oise, ancien nom Isara, affluent de la Seine
  • Eséra, rivière aragonaise, Espagne
  • Esaro, rivière italienne de Crotone
  • Eisack, rivière italienne de Sud du Tyrol
  • Lizerne, affluent du Rhône (Ardon, district de Conthey, Valais), Suisse
  • Liseraz, ruisseau (District de Cossonay, Vaud), Suisse
  • Isarco, cours d’eau du Nord de l’Italie
  • Isar, rivière en Bavière, affluent du Danube
  • Isel, rivière en Autriche
  • Ijssel, rivière aux Pays-Bas
  • Jizera, rivière en République Tchèque
  • Yzer ou Ijzer, France et Belgique
  • Iza, affluent gauche de la rivière Tisa dans le nord de la Roumanie
  • Usora, rivière de Bosnie-Herzégovine
  • Istras en Lituanie
Carte de la migration des indo-européens

A lire au même sujet :
Les hydronymes paléoeuropéens et la question de l’origine des celtes (2010)
Hydronomie paleo-européenne (wikipedia)
– Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, Paris, Ed. Errance, 2003.

Sallertaine ou Salartana, la hauteur de l’ours

Aujourd’hui, je vous invite à explorer l’étymologie du nom de la commune de Sallertaine, en Vendée (Bas-Poitou). Longtemps, les érudits locaux ont pensé expliqué le nom de Sallertaine uniquement en se concentrant sur Sal pour « marais », négligeant d’expliquer l’autre partie de son nom « ertaine ». L’explication semblait facile, la commune étant en effet dans dans le marais breton.

L’ilot et l’ours

Seulement, le nom le plus ancien connu de cette commune est Salartana, que l’on décompose en Sal-artana. Sal, selon l’auteur Jean-Loïc Le Quellec dans son Dictionnaire des noms de lieux de la Vendée,  signifie « hauteur » (voir aussi l’étymologie de Salers). Et Artana (art-ana) vient de artos, qui signifie ours, comme dans Artannes commune du Maine-et-Loire.  Pourquoi « hauteur » pour une commune situé dans le paysage plat des marais ? Et bien simplement parce qu’il y a très longtemps, la mer s’avançait plus loin dans les terres. Sallertaine était originellement un îlot calcaire, qui émergea progressivement sur la côte vendéenne à l’embouchure du fleuve Ypresis, qui est aujourd’hui la ville de Challans. L’appeler hauteur n’a donc rien d’exotique ou d’extravagant, mais se referait à sa situation à un moment donné de son histoire. Sallertaine serait donc « la hauteur de l’ours« . Il ne s’agit pas forcément d’un lieu où aurait habité des ours. Il peut s’agir aussi d’un anthroponyme, c’est à dire qu’une personne prénommé « ours » (art, arz, artio, artus, arthur…) aurait pu s’installer ici et donner son nom au lieu. A moins que le lieu est évoqué d’une façon ou d’une autre la forme d’un ours.

Voir aussi :
Artos expliqué sur l’Arbre celtique
Dictionnaire des noms de lieux de la Vendée, Jean-Loïc Le Quellec

La Vendée, une rivière au nom d’origine celtique

La Vendée, rivière qui a donné son nom au département, prend sa source à Saint-Paul-en-Gâtine dans les Deux-Sèvres. Elle traverse la ville de Fontenay-le-Comte. Puis elle va se jeter dans la Sèvre Niortaise à L’Île-d’Elle, près de Marans.

La blanche Uinda

Le nom de « Vendée » vient du celtique (gaulois) UINDo (wind uind vind), qui signifie blanc. La Vendée est donc « la Blanche ».

Ses principaux affluents sont La Mère et La Longèves. Des barrages ont été construits sur son cours : barrage d’Albert, de Mervent et de Pierre-Brune. Ils forment le plus important complexe de production d’eau potable du département, avec une capacité totale de 20 000 à 36 000 m3/jour.

Rivières celtiques divinisées

La Vienne a la même étymologie que la Vendée. Nous retrouvons fréquemment dans la mythologie celtique la mention de la rivière blanche (ou encore argent, comme l’Argenton dans les Deux-Sèvres). En effet, à l’origine le celtique ARGANT signifie « blanc/brillant », dans laquelle se mire le monde du milieu. Souvent, c’est un passage entre ce monde et le monde souterrain. En Irlande, on retrouve la même étymologie pour la rivière la Boyne (en irlandais – « Abhainn na Bóinne »). Boyne vient de BO-UINDo litt. « vache blanche ».

Nous retrouvons plusieurs cours d’eau en Vendée dont le nom vient de la racine Uinda ou vindā (blanc, lumineux, sagesse). Hors nous retrouvons cette dernière dans l’étymologie du nom de la déesse Boann ou Bo-Vinda associée à la rivière Boyne. Il s’agit de :
– la rivière La Vendée, affluent de la Sèvre Niortaise,
– Le Vend, affluent de la rivière la Mère à Vouvant,
– La Vende, affluent du Petit Lay,
– Le Vendrenneau, affluent de la Petite Maine.

Nous voilà donc avec 4 cours d’eau vendéens, dont l’étymologie d’origine celtique rappelle les qualifications donnés à des déesses rivières celtique. On peut émettre l’hypothèse, mais non vérifiée, que la Vendée ou Uinda a pu être associée elle aussi à une divinité à une époque lointaine.

La garache, la femme loup poitevine

La Garache est le nom donné en Poitou aux femmes, qui étaient accusées de se changer en louve la nuit venue. Selon les légendes, une simple blessure les contraignaient à reprendre leur forme. On dit aussi que pour la blesser, il fallait l’atteindre avec la balle d’une arme chargée avec trois morceaux de pain bénit lors des trois messes de minuit (source légendes locales de la ville D’angles). Dans certains récits, le personnage de la garache est aussi rapprochée de celui de la dame blanche, des sorcières ou de la ganipote.

La femme-loup dans les légendes vendéennes

Il en était encore fait mention aux XIX éme siècle dans les mythes et légendes, collectées par quelque érudits locaux. Ainsi, il est fait mention de l’histoire d’un jeune homme, qui surprit sa fiancée à se changer en garache à l’aide d’un onguent et d’une formule. Voulant la suivre, il s’enduit de la même mixture, mais se trompa dans la formule. Cette erreur le fit voyager jusqu’au lieu où se rendait sa fiancée, le lieu-dit Lavignon, non en sautant par dessus les haies et buissons, mais en passant à travers. Alors, qu’il vit celle-ci sautait des haies de façon prodigieuse, il s’exclama : « Jésus ». Ce qui fit cesser pour lui le charme et il dut rentrer à pied.

Représentation des loups-garous d'Ossory, de Topographia Hibernica par Gerald de Wales, c. 1200
Représentation des loups-garous d’Ossory, Topographia Hibernica par Gerald de Wales, c. 1200

A Maché, on raconte que garous et garaches se réunissaient à la Fontaine du Bois de Vignères. A Angles, une garache aurait été tuée dans le Champs des Pérochelles et une autre à la Petite Lamberde. On prétend d’ailleurs que cette dernière était une reine d’Angleterre changée en garache sous le coup d’une malédiction. A Avrillé, un homme eu le malheur de rencontrer une garache, qui s’appuya sur ses épaules. Il eut grand peine à s’en débarrasser. Lorsqu’il y parvint, il dit à ses enfants : « Mes enfants, je suis mort, la garache m’a tuée… ». Et quelques jours plus tard, l’histoire dit que tout le village se rendit en effet à son enterrement.

La dame blanche du château de la Vergne à Beaufou

A Beaufou, une légende court concernant le château de la Vergne. Il est dit qu’une dame du lieu se changeait en garache. Mais un jour, son époux lors d’une battue au loup blessa une louve blanche. Il lui trancha une patte. Sur l’instant, celle-ci se changea en main féminine portant l’anneau nuptial aux armes de la Vergne. De retour au château, il découvrit son épouse blessée. Ne pouvant la défaire de son état de garache, il se résolut à mettre fin à ses jours. D’autres récits se rapportant aux garaches sont attestés à Beauvoir-sur-Mer, Chaillé-les-Marais, Chaillé-sous-les-Ormeaux, St Gilles Croix de Vie, Fontaines, la Garnache, l’Hermenault, Longeville, Menomblet, Monsireigne, Rocheservière, St Avaugour-des-Landes, St Juire-Champgillon, St Michel-Mont-Mercure, Talmont, Thouarsais-Bouildroux et Vouvant (cité de la fée Mélusine).

A consulter sur le sujet :
– La Vendée mythologique et légendaire, Jean-Loïc Le Quellec, 2007
– Petite Encyclopédie du merveilleux , Edouard Brasey, 2007
– Les légendes de Mortemer, Boulogne, Jacqueline Caffin, 1986

Les déesses étoiles slaves Zorya

En cette période de nuit des étoiles, j’ai envie d’explorer le thème de la déesse étoile. C’est aussi un thème qui m’est personnellement cher, car plusieurs d’entre elles ont influencé et inspiré mon cheminement. J’aurai pu commencer par Sopdet ou Sothis l’égyptienne. Je pense que certains de mes proches auraient trouver cela logique. Et pourtant non. J’ai décidé de commencer par des divinités moins connues de la mythologie slave, les Zorya. Si tu regardes la série American Gods inspiré du livre de Neil Gaman, elles figurent parmi les divinités du récit.

Les trois déesses Zorya

Zorya est un faite un nom, qui désigne trois déesses de la mythologie slave. Il s’agit de :

  • Zorya Utrennyaya, l’étoile du matin, qui ouvre les portes au soleil.
  • Zorya Vechernyay, l’étoile du berger, qui ferme les portes après le coucher du soleil.
  • Zorya Polunochnaya, l’étoile de minuit, qui accueille dans ses bras le soleil mourant.

Ces déesses sont des gardiennes, comme les Aurores (Eos, l’aurore indo-européenne, l’Aurore romaine, la Mater matuta, Eostre, Ostara, Ushas…). Les légendes racontent, qu’elles surveillent le chien Simargl, enchaîné à l’étoile Polaris de la constellation de la Petite Ourse. Elles devaient s’assurer que la bête ne brisent pas ses chaînes. Car si cela arrivait, alors l’univers serait détruit.

Zorya étoile du matin, l’Aurore

Zorya Utrennjaja est l’étoile du matin. C’est elle qui ouvre les portes de Dazbog, le dieu du soleil. Elle est aussi connu sous d’autres noms dans les langues salves : Gwiazda Poranna, Zvezda Dennitsa, Rannia Zoria, Zornica, Zvijezda Danica, Zara-Zaranica, Zwezda, Gwiazda Poranna. Comme beaucoup d’autres déesses de l’aube, elle est associée à la planète Vénus. Elle a aussi la charge de la protection des chevaux, de la lumière, la purification spirituel et l’exorcisme. Dans certains récits, elle est la femme de dieu Péroune ou Perun et dans d’autres, elle est une déesse vierge.

Zorya étoile du soir, le Crépuscule

Zorya Vechernyay est aussi appelée Gwiazda Wieczorna, Večernja Zvijezda, Zwezda Wieczoniaia, Vechirnia Zoria, Večernica et Večernjača. Cet autre Zorya est responsable de la fermeture des portes du palais du dieu soleil Dazbog. Son étoile est Mercure. Selon les légendes, elle protège les voyageurs égarés et sa lumière indicatrice les guide. Elle est parfois désignée comme l’épouse du dieu lunaire Myesyats et la mère des étoiles. Comme sa sœur, son statut maritale est incertain, car elle est aussi vu dans d’autres sources comme une déesse vierge.

Zorya l’étoile de minuit

Zorya Polunochnaya est la moins connue des trois et la plus mystérieuse. Car plusieurs légendes mettent en avant ses sœurs et omettent carrément de la citer. Elle est aussi appelée Zwezda Polnoca. Il semblerait que son rôle soit d’accueillir chaque nuit le soleil mourant dans ses bras pour lui permettre de renaître. Elle est associée au passage mort/renaissance, à la magie, au mysticisme et à la sagesse.

A lire :

Publications néo-païennes pour enfants : The Pooka pages

Dans ma quête d’outils utiles à la parentalité païenne, je suis tombé sur cette ressource anglophone, The pooka pages for pagan kids (pookapages.com/). Ce projet tire son nom d’une créature légendaire du folklore irlandais appelé Le Puck ou Pooka. Cet esprit de la nature a la propriété d’être métamorphe. Selon les sources et les auteurs, il pouvait être bienveillant ou malfaisant. Le projet tourne aussi autour du personnage de Elsie, une petite fille, et son familier Pooka, un chat.

Publication païenne gratuite pour enfants

Pooka Magazine est une publication gratuite, disponible en pdf sur pookapages.com, à destination des enfants païens. Elle est publiée 8 fois par an, avant les grandes célébrations de la roue de l’année. Ce webzine propose des histoires originales illustrées, des recettes, des idées de bricolages et des coloriages sur la thématique néo-païenne adaptées à un jeune public. Les illustrations sont réalisées par l’artiste Lora Craig-Gaddis. Il est possible de suivre les activités de ce projet collectif sur leur page facebook : facebook.com/PookaPagesTeam. Ce support peut être une bonne source d’inspiration dans le domaine de la parentalité païenne. Il y a des idées sympas d’activités.

On trouve aussi un album des histoires de Elsie et Pooka sur Amazon.

Elsie and Pooka Stories – Summer Broché – 9 juin 2018
ISBN : 978-1983070679
Broché, prix 7,20 €

Aperçu du numéro de Yule 2018

Bès, dieu égyptien, magnifique et bienveillant

Chamane et initiateur

Bès est représenté sous la forme d’un nain. Son visage rappelle le lion, il est marqué par une barbe hirsute et des sourcils imposants. Il porte souvent une peau de lion ou de léopard, avec une queue. Sous cette peau de léopard se cacherait selon les légendes, un pénis impressionnant, associé à un gros appétit sexuel allant de pair avec la joie de vivre, dont il est le dieu. Ce dieu n’est semble t’il pas d’origine égyptienne, mais plus probablement soudanaise ou de l’Afrique centrale. Son rôle et ses attributs (peau de léopard, instrument de musique, couteau, figure effrayante proche du masque) le rapproche d’ailleurs de la fonction du chaman. Dans la langue hiéroglyphique, le mot Bès est proche du verbe « Besa » (protéger), mais aussi de « Beset » qui désigne l’initiation sacerdotale ou la montée royale. Le verbe « bes » signifie « introduire, faire entrer, installer, initier, faire entrer dans la fonction royale ou le temple ». Bès, dieu shaman, a pu être aussi vu comme un dieu lié aux initiations. Le mot Bes signifie aussi secret ou mystère. C’est l’une des rares divinités avec Hathor, à être représenté de face. Il est d’ailleurs associé à cette déesse, comme faisant partie de sa suite de musiciens et danseurs.

Le protecteur des enfants

Dieu populaire, il protège les foyers, les naissances et les jeunes enfants des mauvais esprits, qu’il effraie en faisant du bruit et en faisant des grimaces. Avant la naissance, il protège l’embryon et il est sollicité pour prévenir les fausses couches. Il est aussi associé aux prématurés, fragiles, qui requièrent une protection particulière. Pendant les accouchements, les anciens prétendaient que Bès dansait dans la chambre, secouant son hochet en criant pour effrayer les démons qui, autrement, aurait jeté un sort sur l’enfant. Les femmes pendant l’accouchement appelaient Bès pour les aider. Une prière à Bès a été retrouvée à ce sujet (Papyrus Leyde I). La parturiente y invoque le dieu et lui demande son aide afin que le placenta descende. Après la naissance, il reste près du berceau pour divertir le nouveau-né. Quand un bébé rit ou sourit sans raison apparente, les anciens croyaient que c’était parce que Bès était quelque part dans la pièce pour faire des grimaces. Bès est étroitement associé aux enfants et en particulier à Horus enfant. Les sarcophages de fœtus et d’enfants né prématurés étaient souvent à l’image de Bès. Quelques exemplaires sont conservés au Musée du Louvre et au Musée du Caire.

L’interprétation des rêves

Il est aussi connu pour son rôle de protection du sommeil. Il garantit aux humains des nuits calmes et un sommeil paisible en écartant toutes les puissances hostiles, et protège aussi des pannes sexuelles. Bès est parfois confondu avec un autre dieu plus guerrier de petite taille à l’apparence quasi-similaire et armé de couteaux, Aha (signifie « le combattant »).

Rieur et bon vivant

Bès est aussi le dieu des rires, de l’humour, de la danse, de la musique de la joie et des plaisirs sensuels. C’est l’image du dieu « bon vivant ». Les danseuses égyptiennes se tatouaient des figures de Bès sur le corps. Jusqu’à présent, aucun temple dédié en particulier à Bès n’était connu. Cependant, de récents travaux archéologiques viennent de mettre à jour un temple, qui pourrait avoir été un lieu de culte en l’honneur de Bès, dans l’oasis de Bahariya.Le culte du dieu Bès fut exporté à l’étranger comme celui d’Aset (Isis). Il était apprécié en particulier par les Phéniciens et les Chypriotes. Les premières monnaies frappés sur l’île d’Ibiza représente notamment le dieu Bès (300 avt JC). Le nom de l’île semble vraisemblablement venir du nom du dieu.Il semblerait, que des traces de son culte soient présentes également en Italie. Ainsi, le culte de Saint Bessus en Italie du Nord comporte de nombreuses similitudes avec celui de Bès. Ils sont tout deux invoqués pour la fécondité et associés à une plume d’autruche dans leur iconographie.

Bès est l’une des rares divinités égyptiennes expressives. Les représentations de Bès attestent d’une large palette de mimiques: Bès grimace, montre les dents, tire la langue,plisse le front et le nez, semble parfois témoigner d’une franche jovialité, parfois d’une colère terrible.

DIEUX, MASQUES ET HOMMES’ À PROPOS DE LA FORMATION DE L’ICONOGRAPHIE de BÈS, Bulletin de la Société d’Égyptologie, Genève 18, 1994, p. 81-95. Youri Volokhine

Lors de nos rencontres entre amoureux de l’Egypte, nous avons vécu de grands moments de fous rires, sous son inspiration. C’est aussi dans ces moments que nous sont venus des blagues ou des jeux de mots, que nous sommes probablement les seuls à comprendre (private joke), comme le fameux « Bès Café ». Il y a aussi le thé Amon… mais ce serait trop long à vous expliquer.

Ce qui caractérise pour moi ce dieu égyptien, c’est aussi sa bienveillance. C’est à dire que Bès possède une réelle volonté à vouloir le bien et le bonheur des êtres humains, ce qui explique son extrême popularité dans les foyers en ancienne Egypte. Son allure grotesque ou effrayante ne vise pas à nous faire peur, mais à effrayer nos peurs et nos idées noires, qui sont nos démons intérieurs. Je suppose, que dieu égyptien fut peut-être l’une des premières déités de la thérapie par le rire, la musique et la joie de vivre. C’est un dieu bien ancré dans le réel et les préoccupations du quotidien.

A lire au même sujet :
Lovely Ugly Bes! Animalistic Aspects in AncientEgyptian Popular Religion, Branko F. van Oppen de Ruiter sur Academia.edu
Le nom du dieu Bès et ses implication mythologiques, Dimitri Meeks

Cathubodua et la femme celte

Cet article a été publié pour la première fois, il y a environ 3 ans sur un blog à propos de la divinité Cathubodua. Conservé dans mes archives depuis la fermeture du site, j’ai décidé de le ré-édité.

Je poursuis mon exploration historique. Cette fois-ci, je vais aller à la rencontre de la femme celte. Peut-être que comprendre la place de la femme dans la culture celte pourra m’éclairer sur la nature de Cathubodua.

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La femme celte et le mariage

La femme celte est relativement indépendante de l’homme. Elle peut posséder des biens en propre, notamment mobilier (la propriété foncière était collective chez les Celtes). Elle les conservait en cas de mariage et pouvait les reprendre en cas de divorce. Le mariage est une institution souple, un contrat en deux personnes, dont la durée n’était pas nécessairement définitive. En théorie, la femme choisissait librement son époux. Si elle possédait plus de biens que son époux, c’est  elle qui dirigeait les affaires du ménage. Si leur fortune était égale, le mari pouvait gérer ses biens sans l’avis de sa femme. Le mariage ne signifiait pas pour l’épouse entrer dans la famille de l’époux, elle était toujours membre de sa famille et y retournait en cas de divorce. Si l’époux décidait de la quitter, il devait indiquer des motifs graves pour justifier sa décision, sinon il devait payer des dédommagements. De même la femme pouvait divorcer en cas de mauvais traitements et conservait ses biens. La séparation pouvait aussi se faire par consentement mutuel. Les remariages sont aussi possibles.

Le courage de la femme celte et la guerre

D’après Diodore de Sicile (V.32) :

« chez les Gaulois, les femmes sont presque de la même taille que les hommes, avec lesquels elles rivalisent de courage ».

D’après Ammien Marcellin (XV.12), quand un gaulois est dans une rixe, il peut appeler sa femme pour l’aider :

« l’humeur des Gaulois est querelleuse et arrogante à l’excès. Le premier venu d’entre eux, dans une rixe, va tenir tête à plusieurs étrangers à la fois, sans autre auxiliaire que son épouse, champion bien redoutable encore. Il faut voir ces viragos, les veines du cou gonflées par la rage, balancer leurs bras robustes d’une blancheur de neige et jouer des pieds et des poings, assurant des coups qui semblent partir de la détente d’une catapulte ».

Lorsque les troupes romaines de Caius Marius firent face  aux fantassins cimbres près de la ville de Vercellae (en -101 av. JC), elles combattirent aussi des femmes armées d’arcs, de poignards et de glaives. Leur furie marqua Caius Marius.

Plutarque  nous raconte la fureur des femmes ambrones dans la bataille d’Aix-en-Provence opposant leurs époux aux troupes romaines de Marius, en 102 av. J.-C. (DEYBER 2009, p. 143) :

« Mais là, les femmes se jetant à leur rencontre avec des épées et des haches et poussant des cris aigus de colère et de rage s’efforçaient de repousser à la fois les fuyards et leurs poursuivants, les uns comme traîtres, les autres comme ennemis : elles se mêlaient aux combattants ; de leurs mains nues, elles arrachaient les boucliers des Romains et saisissaient leurs épées, en supportant les blessures qui déchiraient leurs corps avec un courage invincible jusqu’à la fin. » (Plutarque, Vies parallèles, Marius, XIX, 9)

Tacite

« Sur le rivage l’armée ennemie faisait face, dense en armes et en hommes ; parmi elle couraient des femmes semblables à des furies, les cheveux dénoués et portant des torches. Autour d’elles des druides, les mains tournées vers le ciel, répandaient d’affreuses imprécations […] » Tacite, Annales, XIV, 30

« Nous bretons, nous avons l’habitude qu’une femme commande à la guerre. » Tacite, Annales, XIV, 34

Malgré ces témoignages, l’existence de la femme celte guerrière fait encore débat et divise. On ignore si ces témoignages sont des cas isolés ou si la participation de la femme celte aux batailles était courante. L’archéologie nous en apprendra peut-être plus dans les années à venir. Les études des ossements issus de « sépultures de guerriers » ne sont pas aussi fréquentes qu’il le faudrait. Le raisonnement est souvent d’associer une sépulture en armure à un homme, hors il y a peu de temps des archéologues sont tombés dans le panneau. Une news datant du 18 octobre 2013 raconte que deux squelettes ont été retrouvés dans une tombe étrusque, l’un armé, l’autre porteur de bijoux. De prime abord, il a été déduit que celui porteur d’armes était un prince, celui porteur de bijou une princesse. Hors l’analyse des ossements en laboratoires a révélé l’inverse (voir les liens suivants Oops! Etruscan Warrior Prince Really a Princess – Etruscan Warrior Prince Actually A Princess, Bone Analysis Reveals).

La femme celte et la politique

D’après Plutarque, les femmes peuvent jouer un rôle important dans les assemblées confédérales, qui traitent des alliances ou des conflits. Leur bon jugement et leur impartialité y sont appréciés. C’est pourquoi elles se voient confier la tâche d’arbitre dans les conflits.

Tacite (56-120 après J.C) dit dans ses Annales que « les Celtes n’avaient rien contre le fait d’être dirigés par une femme« . Ou encore dans « Vie d’Agricola« : « Sur l’île de Bretagne aucune loi n’interdit aux femmes de monter sur le trône ou de commander les armées« .

Conclusion

Le contexte culturel dont est issu Cathubodua témoigne d’une vision de la femme  plus libre et souveraine que par exemple chez les romains ou les grecs. Il nous apprend également qu’elle peut se révéler aussi combative et courageuse que l’homme, voire prendre les armes et s’engager dans les batailles. Deux passages m’ont fait penser à l’aspect furie, des déesses des batailles associées à la Corneille qui  encouragent les guerriers au combat  :
– « Mais là, les femmes se jetant à leur rencontre avec des épées et des haches et poussant des cris aigus de colère et de rage s’efforçaient de repousser à la fois les fuyards et leurs poursuivants, les uns comme traîtres, les autres comme ennemis. »   (Plutarque, Vies parallèles, Marius, XIX, 9)
–  » […] parmi elle couraient des femmes semblables à des furies, les cheveux dénoués et portant des torches  (Tacite, Annales, XIV, 30) ».

L’octogramme ou étoile à huit branches

Il est fréquent de voir le pentagramme ou l’étoile à 5 branches dans le milieu néo-paien, surtout chez les pratiquants passionnés d’ésotérisme, d’occultisme, de magie, etc. Ce qui est un peu moins mon cas. Vous aurez peut-être remarqué malgré tout la présence de l’étoile à 8 branches ou octogramme, comme logo/symbole de ce projet.

L’octogramme, figure géométrique de l’astre, de l’étoile…

Les plus anciens dessins d’étoiles à 8 branches représentaient l’idée d’étoile ou l’astre comme corps céleste (lune, soleil, planète, comète…), notamment en Mésopotamie. Dans la culture russe, elle représente le soleil rayonnant, comme chez certains amérindiens.

Étoile à 8 branches, déesses, tarot…

L’octogramme est aussi une figure géométrique associée à des déesses, comme Ishtar/Inanna et Laksmi. Elle est présente sur la carte dite de l’Étoile du Tarot de Marseille. C’est Vénus, mais aussi chez les chrétiens l’étoile guide de Bethléem.

Un symbole mettant en rapport l’espace et le temps

L’octogramme évoque pour moi le monde créé, l’univers, car elle condense en elle la notion de temps cyclique, d’espace et un centre caché qui est sa source, son axe et son origine. En Chine, le chiffre 8 représente la totalité de l’univers

L’étoile à 8 branches et la roue de l’année : le temps

Sur la roue de l’année, il y a 8 festivités. C’est à dire 2 équinoxes, 2 solstices et 4 fêtes intercalées entre ces événements. Si je trace un cercle pour représenter la roue de l’année et place les 8 points, je peux relier les 8 points entre eux par le dessin d’une étoile (cf.schéma).

L’octogramme et la rose des vents : l’espace

En suivant le même modèle géométrique que pour la roue de l’année, nous pouvons construire une rose des vents. Chaque pointe de l’étoile indique une direction Est, Sud, Ouest et Nord, ainsi que leurs intermédiaires Sud-Est, Sud-Ouest, Nord-Est et Nord-Ouest.

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L’axe ou le centre

Si l’étoile compte 8 branches, toute son architecture est reliée et vient d’un point pas toujours visible ou matérialisé, qui est le centre. Je dirais sa source ou son origine.

On peut reprendre la figure du cercle et l’étoile à 8 branches pour y représenter les 4 éléments (terre, air, eau, feu) et les 4 qualités élémentaires (chaud, sec, froid, humide), ainsi que les 4 états (ignée, solide, liquide, gazeux).

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Le chiffre 8 est associé à:
– La rose des vents, 4 points cardinaux et 4 directions intermédiaires,
– les 4 Éléments et les 4 qualités élémentaires,
– la roue solaire à 8 bras des celtes,
– La roue du Dharma,
– La rose de Wotan
– Muhlespiele ou jeu du moulin, ou encore l’escarboucle,
– en mathématique le symbole de l’infini est représenté par un 8 couché,
– l’étoile de Vénus, d’Ishtar, de Bethléem ou de Laksmi
– l’étoile rayonnante,
– l’infinie, l’harmonie, l’espace, la matière,
– l’ogdoade ou 8 dieux de la cité égyptienne antique d’Hermopolis,
– Huit principes de yǒng ou 8 traits de base de la calligraphie chinoise,
– considéré comme un nombre chanceux dans la culture chinoise car il sonne comme le mot « prospérité »,
– les 8 trigrammes du Yi King (le ciel, la terre, le tonnerre, l’eau, la montagne, le vent, le feu, le lac),
– les 8 formes de Laksmi, les 8 bras de Vishnou, les 8 pétales du lotus de Bouddha, les 8 planètes autour du soleil, les 8 immortels chinois
– Croix à 8 branches du dieu maya Quetzalcoatl,
– Auseklis (etymologie de son nom dérive de celui de l’aube) était un dieu letton et la personnification de l’étoile de Vénus, représenté par une étoile à 8 branches,
– le symbole de l’organisation appelée l’Aurum Solis.