Le trésor de d’Elbée

Si les histoires de phénomènes paranormaux et de chasseurs de fantômes m’intriguent (voir article précédent), celles de trésors anciens aussi. C’est probablement le mystère entourant ces histoires, qui me fascine et l’idée de mener l’enquête, pour comprendre ce qui s’est passé. Je vous invite à découvrir celle de D’Elbée. L’action se passe en 1793. Dans plusieurs régions, des paysans prennent les armes et se révoltent contre la toute jeune république. Ces mouvements contre-révolutionnaires sont pour la plupart maîtrisés, sauf à l’Ouest de la France. Là, un concours de circonstances permet l’embrasement d’un vaste territoire dans une zone située au Sud de la Loire, près de Nantes. Dans ce contexte de guerre civile, les nobles, les gentilshommes et les bourgeois se voient contraints de cacher à la hâte leur fortune. Ils espèrent ainsi qu’elle ne tombe pas aux mains des pillards de l’un ou de l’autre camp. Enfermés dans des coffres, scellés dans un mur ou enfouis sous terre, certains trésors retrouveront leurs propriétaires, d’autres sont perdus à jamais. C’est apparemment le cas de celui de d’Elbée.

Qui est d’Elbée ?

Remontons ensemble le temps à la date du 12 mars 1793. Nous sommes à Beaupréau dans le Maine et Loire, au logis de la loge Vaugirard. C’est là que vit le marquis Maurice, Joseph, Louis Gigost d’Elbée et son épouse Marguerite Charlotte Duhoux de Hauterive. Cette dernière vient de mettre au monde un petit garçon nommé, Louis. Tout à la joie d’être père, d’Elbée en oublie l’agitation qui secoue la région. Les paysans sont déçus par la révolution. Chaque jour, ils sont un peu plus nombreux à se rebeller contre ceux qu’ils nomment « les bleus ».

Ils en veulent à ce régime qui leur impose des impôts toujours plus écrasants, des prêtres jureurs et permet aux bourgeois, ainsi qu’aux citadins de s’enrichir par l’acquisition des biens nationaux. D’Elbée est à cet instant à l’écart de ces préoccupations politiques, même s’il en a déjà eu vent. Cet aristocrate et ancien militaire est né à Dresde en mars 1752 d’un père major général d’infanterie, employé par le Maréchal de Saxe, puis fixé à Dresde à la cour du roi de Pologne. En 1789, il a eu comme beaucoup de ces concitoyens l’âme patriote. C’est pour le Tiers État qu’il participe, comme député général, à l’élection du représentant de la région pour les États généraux. Favorable à la démocratie naissante, il propose son aide aux députés angevins. Il se montre aussi soucieux de l’avancée du progrès et publie une étude sur un système de transports publics et de route à péage, dont il est l’inventeur. Mais, le nouveau régime le déçoit. En 1790, il émigre et rejoint le camp des frères du roi en Allemagne. Il est promu aide de camp du général de Saulais. Peu convaincu par l’armée de Condé et pressé par sa femme, il retourne en France en avril 1792.

D’Elbée s’engage dans la guerre

Voilà maintenant prés d’un an, qu’il est de retour chez lui. Il sent l’imminence d’un soulèvement poindre dans la région, mais il ne souhaite pas y prendre part. En effet, il vient tout juste de devenir père de famille. La contre-révolution peut bien se passer de ses services pendant quelques temps. Il est bien trop tôt à son goût pour s’engager dans un véritable conflit. Mais, le 13 mars 1793, lendemain de la naissance de son fils, le destin en décide autrement. Le syndic et un garde national se présentent à Saint Florent-le-Viel pour la conscription, face à une foule de jeunes hommes et à leurs aînés en colère. En effet, la loi du 24 février 1793, instiguée par Danton, impose au pays la levée de 300 000 hommes pour aller combattre aux frontières. Ce prélèvement militaire est nettement plus lourd que le système de la milice royale, qu’il remplace. Et puis surtout, il exempte certains bourgeois comme les gardes nationaux et les administrateurs, tandis que les paysans sont soumis au tirage au sort. Ce système ne fait qu’amplifier le mécontentement du peuple envers la République et la classe bourgeoise. La révolte éclate. Le garde national et le syndic fuient devant la foule en colère. Les archives municipales sont brûlées et la caisse publique pillée. Un peu plus loin un dénommé Stofflet, garde chasse de son état, prend la tête des hommes de Maulévrier, tandis que le voiturier Cathelineau dirige la troupe du Pin en Mauges. Les paysans de Beaupréau à leur tour se regroupent et souhaitent prendre part à la révolte. Ils se choisissent pour chef d’Elbée, qui a derrière lui une carrière de militaire et la confiance de ses concitoyens. Armés de piques, de fourches et de faux à la lame retournée, ils viennent au logis de la Loge Vaugirard chercher d’Elbée. Selon lui, une insurrection a peu de chance d’aboutir. Mais, comment refuser à une dizaine d’hommes armés et en colère, de prendre leur tête et de les diriger dans la bataille ? Sous la pression, d’Elbée cède. Il laisse derrière lui sa femme et son nouveau-né, à regret dans leur logis de Beaupréau.

Le parcours de conseiller à généralissime

Mettre à l’abri son trésor ?

A ce moment de l’histoire, il y a fort à parier que l’homme ai déjà songé à mettre à l’abri sa fortune et quelques objets de valeurs. En effet, tout noble tentant l’émigration pour se ranger aux côtés du roi avait fort à craindre qu’en son absence son domaine et ses objets de valeurs soient saisis par le nouveau régime et vendus comme biens nationaux. Madame d’Elbée étant resté à Beaupréau durant cette période, il semble que les biens du marquis n’est pas eu à subir ce triste sort. Mais en temps de conflits les richesses de l’aristocratie sont souvent la cible de pillards. Les propriétaires de logis de la région comme d’Elbée ou l’amiral Duchaffault, à qui on attribue l’enterrement d’un trésor de 1700 louis et double louis d’or découverts en février 1993 à la Guyonnière (prés de Montaigu), ont selon toute vraisemblance souvent recouru à l’enfouissement.

De Cholet à Fontenay…

Prenant la tête des insurgés locaux, d’Elbée les réunit à la troupe menée par Cathelineau et Stofflet. Ensemble, ils prennent Chemillé, puis Cholet. D’Elbée laisse le commandement aux deux hommes, préférant rester en retrait pour dispenser ses conseils militaires. Dans les premiers temps, ils volent de victoires en victoires. Le 16 mai 1793, d’Elbée et son armée s’attaque à Fontenay-le-Comte au Sud de la Vendée. D’abord repoussés, ils subissent de lourdes pertes dans leurs rangs. Il faut attendre le 25 mai pour que la ville cède. D’Elbée est blessé durant le combat. Afin de soigner ses blessures, on le rapatrie un peu plus au Nord à la Gaubretière, dans le château de Landebaudière, construit en 1786, propriété de Pierre Prosper de Boisy, le parrain de son épouse. C’est dans cette splendide demeure, qu’il retrouve avec bonheur son épouse et son fils, ainsi que son beau-père Duhoux de Hauterive. Il y passe une dizaine de jours avant de rejoindre ses soldats pour participer le 9 juin à la prise de Saumur. Or actuellement à la Landebaudière, les traditions locales perpétuent depuis cette époque la légende d’un trésor enfoui là par d’Elbée. On peut supposer en effet qu’il ai profité de sa convalescence, de l’aide de son beau-père et de la présence de sa femme, pour réunir ses biens et les dissimuler en prévision de jours meilleurs.

Château de la Landebaudière, Commons Wikimedia, Spouik

Le Général D’Elbée

Le 12 juin, Cathelineau est élu généralissime par ses soldats et Angers, chef-lieu du Maine et Loire, se rend sans combattre. Fin juin, il est blessé lors de la tentative de prise de Nantes et meurt le 14 juillet. D’Elbée lui succède . Il connaît de nombreuses victoires jusqu’à la défaite de Luçon le 14 octobre 1793. Son armée commence à souffrir d’un manque d’effectifs. Le 17 octobre, il échoue devant Cholet, que les « bleus » reprennent. D’Elbée est blessé d’une balle dans la poitrine. Vers huit heures du soir et après 6 heures de combat, le dernier quartier de son armée se retire, se repliant sur Beaupréau.

En fuite et blessé à Noirmoitier

Pierre Cathelineau le conduit discrètement à Noirmoutier, auprès de Charrette, un autre chef vendéen. Ce dernier tient l’île et lui accorde sa protection. Encore alité, il se fait malheureusement surprendre, ainsi que son beau-père Duhoux de Hauterive et Pierre Prosper de Boisy. Les républicains reprennent l’île le 2 janvier 1794. Les conventionnels créent une commission militaire, qui condamne le 4 janvier 1794, 1200 personnes à être fusillées immédiatement, dont d’Elbée. Le pauvre homme épuisé, incapable de tenir debout est porté dans son fauteuil sur la place d’Armes de Noirmoutier le 9 janvier 1794 pour y être fusillé en compagnie de Duhoux de Hauterive et de Boisy. Ce célèbre fauteuil, maculé de taches de sang noircies par le temps, est aujourd’hui toujours visible au château de Noirmoutier. Quant à son épouse, elle est reconnue dans l’île quelques jours plus tard et est exécutée au détour d’un chemin. Louis, leur fils âgé de 10 mois, échappe à la mort grâce à des paysans, qui le confie à une nourrice.

Des biens introuvables, un trésor à découvrir !

Les possessions immobilières de d’Elbée, comme tous les biens d’aristocrates compromis dans l’insurrection, sont saisies puis vendues au profit de la République. Mais l’on ne retrouve pas trace de la fortune familiale. Très lié à son beau-père Duhoux de Hauterive, on peut supposer que les deux hommes ont réunis leur fortune pour cacher le tout, ensemble à la Gaubretière, lors de leur séjour à la Landebaudière. Mais actuellement aucune preuve concrète n’est venu étayer véritablement cette hypothèse. Bien au-delà d’une valeur pécuniaire, si la fortune de D’Elbée venait à être découverte, elle constituerait un patrimoine historique important, un véritable témoignage de cette époque trouble de l’histoire. On peut supposer, qu’elle serait composée de monnaies de l’époque, mais aussi des bijoux et d’objets de valeurs typiques de cette époque.

La garache, la femme loup poitevine

La Garache est le nom donné en Poitou aux femmes, qui étaient accusées de se changer en louve la nuit venue. Selon les légendes, une simple blessure les contraignaient à reprendre leur forme. On dit aussi que pour la blesser, il fallait l’atteindre avec la balle d’une arme chargée avec trois morceaux de pain bénit lors des trois messes de minuit (source légendes locales de la ville D’angles). Dans certains récits, le personnage de la garache est aussi rapprochée de celui de la dame blanche, des sorcières ou de la ganipote.

La femme-loup dans les légendes vendéennes

Il en était encore fait mention aux XIX éme siècle dans les mythes et légendes, collectées par quelque érudits locaux. Ainsi, il est fait mention de l’histoire d’un jeune homme, qui surprit sa fiancée à se changer en garache à l’aide d’un onguent et d’une formule. Voulant la suivre, il s’enduit de la même mixture, mais se trompa dans la formule. Cette erreur le fit voyager jusqu’au lieu où se rendait sa fiancée, le lieu-dit Lavignon, non en sautant par dessus les haies et buissons, mais en passant à travers. Alors, qu’il vit celle-ci sautait des haies de façon prodigieuse, il s’exclama : « Jésus ». Ce qui fit cesser pour lui le charme et il dut rentrer à pied.

Représentation des loups-garous d'Ossory, de Topographia Hibernica par Gerald de Wales, c. 1200
Représentation des loups-garous d’Ossory, Topographia Hibernica par Gerald de Wales, c. 1200

A Maché, on raconte que garous et garaches se réunissaient à la Fontaine du Bois de Vignères. A Angles, une garache aurait été tuée dans le Champs des Pérochelles et une autre à la Petite Lamberde. On prétend d’ailleurs que cette dernière était une reine d’Angleterre changée en garache sous le coup d’une malédiction. A Avrillé, un homme eu le malheur de rencontrer une garache, qui s’appuya sur ses épaules. Il eut grand peine à s’en débarrasser. Lorsqu’il y parvint, il dit à ses enfants : « Mes enfants, je suis mort, la garache m’a tuée… ». Et quelques jours plus tard, l’histoire dit que tout le village se rendit en effet à son enterrement.

La dame blanche du château de la Vergne à Beaufou

A Beaufou, une légende court concernant le château de la Vergne. Il est dit qu’une dame du lieu se changeait en garache. Mais un jour, son époux lors d’une battue au loup blessa une louve blanche. Il lui trancha une patte. Sur l’instant, celle-ci se changea en main féminine portant l’anneau nuptial aux armes de la Vergne. De retour au château, il découvrit son épouse blessée. Ne pouvant la défaire de son état de garache, il se résolut à mettre fin à ses jours. D’autres récits se rapportant aux garaches sont attestés à Beauvoir-sur-Mer, Chaillé-les-Marais, Chaillé-sous-les-Ormeaux, St Gilles Croix de Vie, Fontaines, la Garnache, l’Hermenault, Longeville, Menomblet, Monsireigne, Rocheservière, St Avaugour-des-Landes, St Juire-Champgillon, St Michel-Mont-Mercure, Talmont, Thouarsais-Bouildroux et Vouvant (cité de la fée Mélusine).

A consulter sur le sujet :
– La Vendée mythologique et légendaire, Jean-Loïc Le Quellec, 2007
– Petite Encyclopédie du merveilleux , Edouard Brasey, 2007
– Les légendes de Mortemer, Boulogne, Jacqueline Caffin, 1986

Lucus, le bosquet sacré romain

Dans la toponymie française, on trouve plusieurs communes dont le nom dérive du terme « lucus », par exemple : Le Luc-en-Provence (Var), les Lucs-sur-Boulogne, (Vendée), Luc (Lozère), Luc-en-Diois (Drôme), etc. Lucus désigne dans l’ancienne religion romaine un bosquet sacré. C’est l’un des 4 mots qui désigne une forêt ou un bosquet avec « nemus », « silva » et « saltus ». Cependant, il s’en distingue, car son utilisation était plutot dans un contexte religieux.

Lucus, le bosquet dans un contexte religieux

Dans l’ancienne religion romaine , un lucus est un bosquet sacré. Il s’agissait d’un espace comprenant un nombre important d’arbres ayant une signification religieuse, par opposiiton à silva (forêt naturelle) et nemus (arboretum qui n’est pas consacré). Quant au saltus, il implique une zone de nature vierge avec des caractéristiques topographiques variées.

Lucus, lieu de culte

En fait, le lucus était un lieu cultivé. Il était plus proche d’un parc boisé que d’une forêt, et pouvait contenir un aedes. C’est à dire un bâtiment abritant l’image d’un dieu ou d’autres esprits des lieux donnant lieu à des rituels. Apulée (vers 125 – 170) rapporte que :

« Quand des voyageurs pieux passent devant un bosquet sacré (lucus) ou un lieu de culte sur leur chemin, ils ont l’habitude de faire un voeu (votum) , une offrande de fruits ou de s’asseoir pendant un certain temps ».

Fête Lucaria

La Lucaria (« festival du bosquet (lucus) ») est une fête, qui se tenait les 19 et 21 juillet, selon le Fasti Amiterni , un calendrier datant du règne de Tibère retrouvé à Amiternum (aujourd’hui S. Vittorino).

Un lucus pouvait devenir un centre d’activité et rassembler près de lui une communauté, qui se développe ensuite en village voire en ville. Comme ce fut le cas du Lucus Augusti, qui est maintenant Lugo (Espagne). C’est pourquoi Lucus fait partie du nom latin de plusieurs lieux, dont l’origine ancienne date de l’empire romain.